Conseil et coordination réglementaires

Allégations qui changent le parcours d’un objet médical porté

Vérifiez le champ réglementaire avant les essais.

Un dispositif porté sur le corps ne constitue pas une classe réglementaire autonome dans l’UE. Bracelet, patch connecté ou bague peuvent relever du bien-être, du MDR, des accessoires ou d’un système combiné. Le parcours dépend de la destination médicale revendiquée par le fabricant, des fonctions et des preuves, non du terme « wearable » ou du marquage CE d’un module radio.

Cette carte couvre capteur, micrologiciel, application et alertes cloud commercialisés dans l’UE. Les cas sont des questions à résoudre et non des classifications définitives. Figez les allégations et la configuration complète avant tout essai ou choix d’organisme notifié.

Allégations qui changent le parcours d’un objet médical porté

Fonction ou allégationQuestion de qualificationPoint non résolu
« Afficher le pouls pendant le sport », sans allégation médicaleLa destination se limite-t-elle à la forme et au bien-être ?Pas automatiquement MDR ; vérifier sécurité générale, radio et environnement.
« Détecter une possible fibrillation auriculaire » au poignetL’alerte diagnostique qualifie-t-elle le capteur, le logiciel ou le système de dispositif médical ?Examiner les preuves cliniques et règles 10/11, sans déduire la classe du capteur seul.
« Alerter un soignant d’une détérioration respiratoire dangereuse »Surveille-t-on un paramètre vital dont les variations créent un danger immédiat ?Les règles 10/11 peuvent augmenter la classe ; documenter patients, latence et conséquences.
« Adapter l’administration de médicaments aux mesures continues »Existe-t-il une décision diagnostique intégrée au système thérapeutique ?Examiner, selon le cas, les règles 9/12/22 et les risques logiciels et d’administration ; aucune classe automatique.

Les allégations publicitaires, sur les boutiques d’applications, dans les notices et l’évaluation clinique doivent être cohérentes. « Non destiné au diagnostic » n’annule pas une autre revendication médicale.

Classer le capteur, le logiciel médical et leur fonction commune

L’article 2 du MDR fonde la qualification sur la destination médicale. L’annexe VIII impose de considérer la règle 10 pour les dispositifs actifs de diagnostic/surveillance, la règle 11 pour les logiciels médicaux et, selon les fonctions thérapeutiques ou intégrées, les règles 9, 12 et 22. Appliquer les règles d’exécution et retenir la classe la plus élevée lorsque plusieurs règles conviennent. Un logiciel indépendant peut être classé séparément ; celui qui pilote ou influence un dispositif relève de la règle d’exécution pertinente.

Un capteur de pouls n’est pas systématiquement en IIa, une sortie d’IA n’est pas systématiquement en III et une montre de bien-être n’échappe pas à toutes les exigences CE. Distinguer mesure, interprétation clinique, alerte et traitement automatique. Selon l’article 52, la plupart des dispositifs de classe I suivent l’autodéclaration, sous réserve d’exceptions ; les classes IIa, IIb et III nécessitent normalement un organisme notifié.

Matrice des régimes européens applicables au dispositif connecté

RégimeDéclencheur pour le dispositif portéConséquence et exception essentielle
MDR 2017/745Destination médicale, accessoire ou système couvertClasse, risques, évaluation clinique, dossier technique, conformité, CE, surveillance après commercialisation et vigilance.
RED 2014/53/UEBluetooth, Wi-Fi, réseau cellulaire ou autre émetteur radioVérifier spectre, sécurité électrique et CEM. Les exigences cyber supplémentaires RED art. 3(3)(d)–(f) du règlement 2022/30 ne s’appliquent pas à l’équipement également couvert par le MDR ; le reste de RED peut s’appliquer.
RoHS / DEEEÉquipement électronique et flux de déchetsVérifier substances, dérogations, collecte séparée et obligations nationales ; le statut médical n’exonère pas globalement.
Règlement batteries 2023/1542Pile ou batterie rechargeable incorporéeVérifier les obligations et le retrait/remplacement de l’article 11 à partir du 18 février 2027, les dérogations étroites de sécurité/intégrité et les changements ultérieurs.
RGPD 2016/679Données identifiables, y compris données de santéDéfinir responsable/sous-traitant, base légale, condition art. 9 si nécessaire, sécurité et conservation ; CE MDR ne vaut pas autorisation RGPD.
Règlement IA 2024/1689L’IA interprète des données médicales ou éclaire des décisions critiquesTester la qualification d’IA, le haut risque et les obligations applicables à la date de lancement ; la classe MDR est une autre question.
Cyber Resilience Act 2024/2847Produit numérique connecté distinctL’article 2(2) exclut les produits auxquels s’applique le MDR ; vérifier séparément les composants autonomes hors MDR.

Pour un système d’IA qui constitue un produit médical réglementé ou son composant de sécurité, le parcours « haut risque » de l’article 6(1) et de l’annexe I du règlement IA suppose notamment une évaluation de conformité par un tiers selon la réglementation produit concernée. La seule présence d’IA ne suffit pas. Depuis le règlement (UE) 2026/1744, les exigences à haut risque des sections 1–3 du chapitre III s’appliquent le 2 août 2028 pour l’article 6(1)/annexe I, et le 2 décembre 2027 pour l’article 6(2)/annexe III. D’autres obligations IA peuvent déjà s’appliquer : vérifier chaque disposition et transition.

L’exclusion des exigences cyber RED supplémentaires s’apprécie équipement radio par équipement radio, et non globalement pour une offre commerciale. Une montre grand public utilisée par une application médicale MDR ne devient pas automatiquement un équipement radio relevant lui-même du MDR. Si elle reste hors MDR, évaluer séparément les exigences RED de l’article 3(3)(d)–(f) qui lui sont applicables ; l’application médicale n’exonère pas la montre.

Pour un patch portable scellé, vérifier d’abord si sa batterie relève des « batteries portables » de l’article 11. À compter du 18 février 2027, le paragraphe 1 exige en principe que l’utilisateur final puisse l’enlever et la remplacer. Le paragraphe 2 permet le remplacement par des professionnels indépendants, et non l’absence totale de remplacement, pour des catégories énumérées, notamment l’imagerie/radiothérapie médicale professionnelle et les dispositifs de diagnostic in vitro ; il n’existe pas d’exemption générale pour les dispositifs médicaux. Le paragraphe 3 écarte séparément le paragraphe 1 seulement si une connexion permanente et une alimentation continue sont nécessaires à la sécurité de l’utilisateur et du produit, ou à l’intégrité des données pour un produit principalement destiné à recueillir et fournir des données. Documenter la catégorie, la méthode de remplacement et les faits justifiant toute dérogation ; vérifier les modifications avant lancement.

Quand une montre grand public ou le cloud entre dans les preuves médicales

Délimiter le système réglementé : capteur et contact cutané, logiciel embarqué, liaison radio, téléphones/OS compatibles, traitement cloud, écran clinique, algorithmes et alertes. Identifier le titulaire des allégations et les composants dispositifs, accessoires ou grand public. MDCG 2023-4 traite le logiciel médical dépendant de matériel non médical.

Si une app médicale dépend du capteur d’une montre grand public, le CE de celle-ci ne prouve pas la performance clinique de l’ensemble. Valider modèles, versions, qualité du signal, perte de connexion, fausses alertes, mises à jour et responsabilités. Le CE d’un module radio ne remplace pas non plus la conformité de la fonction médicale complète.

MDCG 2023-4 distingue les dispositifs ou accessoires MDR des matériels grand public non MDR utilisés avec un logiciel médical. Dans ce dernier cas, le fabricant du logiciel ne peut se prévaloir d’une conformité MDR du matériel et doit étayer la sécurité, les performances et la reproductibilité des combinaisons prévues. Les lignes directrices MDCG interprètent le droit existant sans être juridiquement contraignantes.

Dossier de preuves propre au dispositif porté

Constituer un dossier traçable reliant chaque résultat clinique revendiqué à la configuration et aux essais :

  1. Registre des indications et allégations : patients, pathologies, utilisateurs, milieu, exclusions, décisions cliniques et contenu publicitaire.
  2. Architecture et fournisseurs : composants, micrologiciels, téléphones, cloud, données, fréquences, batteries, versions logicielles/IA et responsables de sécurité.
  3. Note de classification : périmètre dispositif/accessoire/logiciel, règles pertinentes de l’annexe VIII, classe motivée et voie d’évaluation.
  4. Sécurité et performance : précision en mouvement et selon la peau, contact cutané, sécurité électrique, CEM, radio, batterie et utilisabilité.
  5. Preuves cliniques et logicielles : évaluation clinique, populations, algorithmes, jeux de données, vérification/validation, sensibilité des alertes, faux positifs et délais.
  6. Contrôles opérationnels : menaces cyber, correction des vulnérabilités, traçabilité, surveillance après commercialisation, incidents et changements de fournisseurs.

EN ISO 14971, EN IEC 62304, EN IEC 62366-1, les normes EN IEC 60601 pertinentes et EN ISO 10993 peuvent servir de méthodes probantes. Une norme n’est pas une loi supplémentaire : vérifier son champ, son édition et son éventuelle harmonisation.

Étiquetage, enregistrement et conditions de lancement

« Certifié CE » n’est pas un permis unique. Fermer les étapes interdépendantes suivantes :

  1. Arrêter les allégations, la destination, le périmètre logiciel/matériel, la classe et les autres actes européens avant le choix de procédure.
  2. Assurer les obligations du fabricant, le SMQ, le dossier technique et l’évaluation clinique ; solliciter un organisme notifié désigné dans le domaine si requis.
  3. Pour un fabricant hors UE, désigner le mandataire approprié ; répartir les obligations des importateurs/distributeurs et circuits de réclamation.
  4. Préparer déclaration(s) UE de conformité, marquage CE et numéro d’organisme si requis ; vérifier IUD/UDI, enregistrements et modules EUDAMED obligatoires depuis le 28 mai 2026.
  5. Valider étiquettes, notices et mises en garde dans les langues exigées par les États membres, informations radio/batterie/DEEE, surveillance, vigilance et mises à jour.

Les quatre modules EUDAMED obligatoires depuis le 28 mai 2026 ne créent pas quatre formalités pour le fabricant : les opérateurs concernés s’enregistrent comme acteurs, les fabricants enregistrent les dispositifs/IUD lorsqu’exigé, les organismes notifiés renseignent les certificats et le module de surveillance du marché sert aux autorités et à la Commission. Vigilance et investigations cliniques ne figuraient pas parmi ces quatre modules. Vérifier les règles transitoires pour les dispositifs existants.

Un serveur hébergé hors UE ou un fabricant de pays tiers n’exclut pas automatiquement du MDR un service de diagnostic dans le cloud. Selon l’article 6(1), un dispositif proposé par un service de la société de l’information à une personne établie dans l’Union doit respecter le MDR. Selon l’article 6(2), il en va aussi ainsi d’un dispositif non mis sur le marché mais employé commercialement dans un service diagnostique ou thérapeutique proposé à cette personne, même gratuitement, directement ou par intermédiaire. Identifier le destinataire et son établissement, la destination médicale et le dispositif réellement utilisé ; le seul hébergement de données ne suffit pas à qualifier un logiciel de dispositif médical.

Changements imposant une nouvelle analyse

Toute modification de destination ou de risque appelle une revue de la qualification, de la classe, des preuves et des textes applicables ; la qualifier de « petite mise à jour » ne suffit pas.

  1. Nouvelle allégation d’arythmie ou de dosage, autre population ou usage hospitalier au lieu du domicile.
  2. Nouveau capteur optique, adhésif, emplacement, batterie ou modèle de montre/téléphone compatible.
  3. Réentraînement IA, seuil d’alerte modifié, panne cloud, modification radio ou vulnérabilité importante.

Limites du sujet et parcours voisin

Cette page traite de l’articulation des régimes pour les dispositifs portés, non de toute la procédure MDR. Voir également le parcours général des dispositifs médicaux dans l’UE.

Questions spécifiques aux dispositifs médicaux portés

Une montre mesurant le pouls ou la saturation est-elle automatiquement un dispositif médical UE ?

Non. La destination médicale et les allégations, y compris logicielles, décident de la qualification. Dépistage et surveillance de maladie peuvent changer le résultat ; la mesure seule ne fixe pas la classe.

Une application de détection de fibrillation peut-elle se fonder sur le CE d’une montre grand public ?

Pas à lui seul. Le fabricant de la fonction médicale doit prouver sécurité et performance clinique des combinaisons capteur/micrologiciel/app définies et les classer.

Bluetooth impose-t-il les clauses cyber RED supplémentaires à un dispositif MDR ?

RED peut s’appliquer à la radio, mais l’article 2(1) du règlement 2022/30 écarte les obligations spécifiques 3(3)(d)–(f) lorsque le MDR s’applique. La cybersécurité MDR reste requise.

Un patch médical scellé peut-il conserver une batterie non remplaçable par l’utilisateur ?

Aucune exonération médicale générale. L’article 11 sur les batteries s’applique dès le 18 février 2027, sous dérogations limitées. Documenter les justifications de sécurité/intégrité et vérifier le texte en vigueur.

Le CE MDR autorise-t-il le traitement des mesures de santé identifiables ?

Non. Le RGPD impose une analyse séparée des rôles, bases, conditions de l’article 9, sécurité, information et transferts.

Une alerte d’IA est-elle automatiquement classe III et soumise à toutes les obligations IA ?

Non. La classe MDR suit l’usage médical et les conséquences selon l’annexe VIII ; le règlement IA et son calendrier s’analysent séparément.

Sources officielles européennes

Responsable de la publication: Khachatrian Razmik

Dernière mise à jour: 2026-10-16

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